Un ancien cadre de la promotion économique du Jura siégeait au conseil de la société. Le millier de petits investisseurs grugés ne reverra pas la couleur de ses économies Une «implantation étonnante». C’est par ces mots que Le Quotidien Jurassien décrivait l’arrivée de Crown Forex à Bassecourt dans les anciens locaux d’une usine horlogère en septembre 2007. Cette plateforme de courtage de devises sur Internet avait été créée en 2005 par un homme d’affaires jordanien, Ibrahim Hasanein, et était dirigée par un compatriote, Shadi Swais. Les deux hommes avaient été orientés vers le canton du Jura par le service romand de promotion économique, le DEWS. «Si les montres fabriquées à l’époque dans cette usine sont allées sur la lune, vous êtes sur orbite et faites le tour des marchés financiers tous les jours en un clic!», s’emballait le ministre de l’Economie Michel Probst lors de la cérémonie officielle. En quelques clics, c’est un bon millier de petits investisseurs qui se sont retrouvés plumés via Crown Forex par Trevor Cook, un financier de 37 ans et son associé Pat Kiley, animateur de radio sur un réseau de chaînes chrétiennes. Tous deux sont accusés par les autorités américaines d’avoir monté une fraude à la Ponzi portant sur 190 millions de dollars, révélée dans nos colonnes il y a dix jours. Publicité Selon la plainte du gendarme boursier américain (SEC), les deux hommes auraient transféré des dizaines de millions de dollars sur des comptes de Crown Forex d’où ces sommes se sont évanouies, au nez et à la barbe des autorités suisses et des cabinets d’audit PricewaterhousCoopers (PwC) et KPMG. De même, deux administrateurs suisses choisis par Ibrahim Hasanein et Shadi Swais n’y ont vu que du feu pendant près de deux ans, malgré les nombreuses irrégularités constatées depuis. Une «banque suisse» Lors d’une audience qui s’est tenue vendredi dernier devant la Cour fédérale de Minneapolis, des dizaines de retraités ont appris de la bouche du liquidateur qu’ils ne reverraient au mieux que 1% des économies qu’ils croyaient placées chez Crown Forex SA, que Trevor Cook présentait comme une «banque suisse». Cette affirmation n’était qu’un demi-mensonge. Il s’en est fallu de peu pour que Crown Forex obtienne bel et bien une licence bancaire, comme le montre un rapport d’enquête de la Finma que Le Temps s’est procuré. En outre, il apparaît que l’autorité de surveillance helvétique n’avait rien vu de la fraude organisée par Trevor Cook lors des deux mois d’inspection, en décembre 2008 et janvier 2009, qui ont abouti à la liquidation forcée de la société. Intervenue suite à des plaintes de clients dont les comptes avaient été mystérieusement effacés, la Finma avait décelé une longue liste d’irrégularités. Le système informatique et les serveurs – hébergés à Lausanne – étaient en fait contrôlés à distance de Jordanie. De plus, la plateforme de courtage n’était pas reliée au système de comptabilité. Le directeur Shadi Swais était ainsi le seul à pouvoir reporter le résultat des opérations dans la comptabilité de la société, une opération qui n’a été effectuée que deux fois en 2008. Autre fait, les 3 millions de francs apportés par Trevor Cook lors d’une augmentation de capital en novembre avaient disparu des comptes moins d’un mois plus tard. Enfin, Pic avait mis en évidence une créance non documentée de 7,8 millions de francs de Crown Forex envers Trevor Cook. Une personne proche de la société dit s’être doutée dès le mois d’octobre 2008 que «les Jordaniens étaient de mèche avec Trevor Cook; c’est seulement avec leur aide qu’il a pu ressortir l’argent investi dans la société». Double démission Les deux administrateurs suisses de Crown Forex ont démissionné quelques jours avant la première visite des chargés d’enquête de la Finma le 10 décembre de cette même année. L’un d’eux, Martin Aebi, était un cadre de la promotion économique du Jura. Il avait quitté l’administration cantonale pour créer sa propre société de conseil à Bâle et rejoindre le conseil d’administration de Crown Forex le 7 septembre 2007, soit la veille de la cérémonie d’inauguration des locaux de la société à Bassecourt. Interrogé sur les raisons de ce départ, Martin Aebi lâche: «Ce n’était pas la société que j’imaginais.» Publicité Cela n’avait pourtant pas empêché Martin Aebi de s’associer avec Shadi Swais, avec qui il est en affaires de longue date, pour créer une seconde entité active dans le trading de devises. Il n’a cependant démissionné de cette société dénommée HouseFX SA que plusieurs mois plus tard, en avril dernier. Martin Aebi dit ne plus être en contact avec Shadi Swais, que Le Temps n’est pas parvenu à contacter. Le site internet de HouseFX est toujours en ligne et propose des «portefeuilles d’investissements islamiques à haut rendement», via une société baptisée BaselWealth, enregistrée aux Etats-Unis dans le Delaware. Source : le Temps
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