
A 30$ environ (cours du 9 juin à 20h), l’action BP se traite à la moitié seulement de là où elle était il y a 2 mois avant l’accident, près de 100 Mds$ ont été effacé en market cap. Les hypothèses les plus pessimistes ne parlent pourtant que d’une ardoise de 30 à 40 Mds$, ce qui est colossal pour une société, à la mesure du désastre écologique mais également économique crée.
Et hier, panique totale sur le marché : la peur que BP coupe voire supprime pour 1 ou plusieurs trimestres son dividende a fait plonger l’action jusqu’à -15% !
Totalement irrationnel, ce n’est pas le fait de payer ou pas un dividende qui fait qu’une société a plus ou moins de valeur (Apple, Cisco ou Berkshire Hathaway n’en versent aucun d’ailleurs), celle-ci dépend de ses actifs et de ses perspectives futures de cash flow.
Mercredi, à 31$ l’action à Wall Street, BP ne se paye qu’un peu plus de 3x son cash flow annuel et devient alors une vraie “value stock”. On évalue aussi les sociétés pétrolières en terme de réserves, et je suppose que la valeur / barril de réserve de BP est de loin la plus faible de toutes les sociétés du secteur. De fait, BP vaut actuellement moins que sa book value !
Bien évidemment, l’accident du Deep Horizon va coûter une vraie fortune à BP et risque aussi d’entacher durablement sa réputation, mais d’une part son cash flow annuel pré-accident de 30Mds$ lui permet de faire face aux multiples plaintes qui vont survenir, et d’autre part la marge de sécurité me paraît maintenant bien large. Mais attention, ça ne veut pas dire que ça ne peut pas baisser plus, ni que ça va remonter rapidement. Comme dit Warren Buffet, “it’s far easier to predict what will happen then when it will happen“ !
Avec une valorisation aussi faible vs les actifs tangibles et le cash flow, on peut même se demander s’il ne peut pas y avoir une OPA sur cette société considérablement affaiblie, pointée du doigt et honnie par tous !
Certains évoquent un possible dépôt de bilan de BP (chapitre 11), en manque de cash pour couvrir les coûts associés aux dommages causés. J’en doute énormément, non seulement BP génère actuellement 30 Mds$ de cash flow, mais ils peuvent aussi vendre des actifs (pas forcément dans de bonnes conditions, certes) et ainsi récupérer de l’argent frais. Au bilan, il y avait à peu près 240 Mds$ d’actifs au 31/12/2009…
Pour revenir sur le dividende qui risque (fortement) d’être réduit voire supprimé ponctuellement, il faut savoir que les dividendes de BP représentaient 10% de tous les dividendes versés par des sociétés anglaises au Royaume-Uni. La suppression, si elle n’a en elle-même pas de vrai impact sur la valorisation intrinsèque (le coût de la marée noire en a bien un lui), a par contre un impact financier court terme bien concret pour tous ceux qui l’attendaient !
Michel de Guilhermier
Article original
http://www.cafedelabourse.com/archive/article/stock-investing-le-cas-bp-/