Cet article est la suite d’un premier article rédigé précédemment. ceux qui ne l’ont pas lu sont invités à le faire en cliquant ici avant de poursuivre leur lecture.
Mon dernier billet traitant sur le Shareholder Yield a fait beaucoup jaser mes lecteurs. Je remarque un fort intérêt pour les investisseurs individuels à ce niveau. Sachez toutefois que, comme pour tous les ratios financiers, il ne faut pas se leurrer et croire que cette simple donnée est suffisante pour guider toutes vos décisions d’investissement. À ce niveau, permettez-moi de vous proposer quelques pistes afin de mieux évaluer la qualité du Shareholder Yield des entreprises que vous détenez.
Le dividende
Comme vous le savez, le dividende est la façon la plus directe que les dirigeants de sociétés utilisent pour récompenser les actionnaires. Toutefois, est-ce toujours vraiment une bonne décision de verser un dividende? Je n’en suis pas si sûr. Habituellement, une société cotée en bourse traverse plusieurs phases dans sa durée de vie utile. Le tout commence par l’état spéculatif où le titre n’est que très peu connu et suivi des analystes. Par la suite, s’en suit une période de croissance, qui, dépendamment de la qualité de la société, peut durer très longtemps ou s’avérer très brève. La troisième phase du cycle est celle que j’appellerais la phase de maturité; c’est le moment où l’entreprise ne voit plus autant d’opportunités de croissance et instaure généralement le versement d’un dividende. Enfin, il y a la phase de déclin où l’entreprise perd certains avantages compétitifs et sombre dans l’oubli.
Ce bref résumé du cycle de vie d’une entreprise me laisse croire qu’il serait irresponsable de verser un dividende aux actionnaires tant que l’entreprise en question n’a pas atteint à tout le moins le stade de maturité (la 3e phase). Dans certains cas plutôt rares, il pourrait également être avantageux que l’entreprise commence à verser un faible dividende si elle sent qu’elle approche la fin de sa forte période de croissance. Ceci étant dit, le Shareholder Yield de vos sociétés ne sera jamais extrêmement élevé si la plupart ne se situent pas dans une phase de maturité. Il vous faut donc être conscient que si vous investissez dans des entreprises dites «de croissance» votre Shareholder Yield sera peut-être faible mais cela ne veut pas forcément dire que vous avez fait un mauvais choix, au contraire!
Les rachats d’actions
Je remarque que de plus en plus, les investisseurs individuels cherchent à acquérir des positions sur les entreprises qui rachètent de leurs propres actions. En effet, il n’est pas rare qu’on va lire dans les médias financiers des particuliers se demander «Comment on fait pour savoir si une entreprise rachète ses actions?» ou «Quelles sont les entreprises qui rachètent le plus d’actions?». Or, cette 2e composante du Shareholder Yield peut ne pas s’avérer avantageuse pour différentes raisons.
La première, c’est que certaines sociétés rachètent de leurs propres actions pour ensuite les verser en options aux dirigeants. Dans ce cas, la plus-value pour l’actionnaire sur le rachat d’action est nulle, voire même déficitaire si le cours monte. Pour vérifier si c’est le cas, il vous faut comparer l’état des capitaux-propres avec l’état des flux de trésorerie. Si, au même moment que l’entreprise rachète ses actions, vous dénotez une diminution de l’apport des capitaux-propres, cela est bon signe. Toutefois, si les capitaux-propres ne diminuent pas, vous avez probablement affaire à l’octroi d’options.
La deuxième raison dépend fortement de l’évolution du marché boursier. En effet, il n’est pas toujours avantageux à une entreprise de racheter ses propres actions. Celle-ci en fait profiter énormément ses actionnaires lorsque son titre est sous-évalué car elle paie moins cher que la valeur réelle de l’entreprise. Par contre, l’inverse est aussi vrai, si votre société rachète de ses propres actions lorsque son titre se situe à un ratio cours-bénéfice de 40, il est fort peu probable que cela soit avantageux pour les actionnaires. L’exemple du distributeur américain Fastenal est assez frappant; Bien que cette entreprise soit formidable, elle consacre environ 20% de ses fonds autogénérés libres aux rachats d’actions alors que son titre se transige depuis longtemps à un ratio cours-bénéfice de plus de 30… Dans ce cas, il y a probablement des solutions plus efficaces pour récompenser les actionnaires.
La diminution de la dette
Selon William Priest CEO de Epoch Investment Partners Inc., le remboursement de la dette par une entreprise devrait également faire partie du calcul du Shareholder Yield car, au même titre que le rachat d’actions, la transaction vise à augmenter l’avoir des actionnaires et donc, enrichir les détenteurs de parts.
Ce troisième élément, comme les 2 précédents, doit être interprété avec une certaine retenue. Car, tout comme les rachats d’actions, il est tout à fait possible que diminuer l’endettement de l’entreprise ne soit pas une solution avantageuse à long terme. Par exemple, une entreprise très stable dont le coût de financement est très faible ne gagne pas forcément à rembourser sa dette car se faisant elle se prive de capital qui pourrait l’enrichir plus rapidement que si son bilan était exempt de dettes. Pour vous aider à y voir plus clair, j’utiliserais l’exemple de Johnson & Johnson. À mon avis, cette société fait partie de ces entreprises qui ne gagnerait pas à diminuer fortement son endettement car sa cote
AAA lui permet d’accéder à une montagne de capital, à un taux d’intérêts de 3%. Notez que par la suite, la forte rentabilité de ses activités lui permet de toucher à un retour sur l’actif de 15% bon an mal an. N’oubliez pas toutefois qu’un endettement très sévère augmente le risque de votre placement. Il demeure donc important que tout en contractant des dettes, l’entreprise conserve une bonne marge de manœuvre en cas d’imprévus.
Le mot de la fin
En conclusion, le Shareholder Yield est une merveilleuse donnée pour évaluer la rentabilité d’une entreprise à trois conditions. En premier lieu on doit s’assurer que l’entreprise est mature et stable. Ensuite, on doit s’assurer que les rachats d’actions sont portés en diminution des capitaux-propres et enfin, l’entreprise doit être financée de manière conservatrice tout en profitant d’un effet de levier clairement positif. Si vous mettez la main sur une entreprise, qui, tout en respectant ces 3 caractéristiques, jouit d’un Shareholder Yield élevé, vous avez sans doute mis la main sur une perle rare!
Dans mon prochain billet, je vous présenterai le calcul du Shareholder Yield des sociétés que je détiens en portefeuille ainsi que des sociétés que je surveille.
Pierre-Olivier Langevin
Article original
http://www.cafedelabourse.com/archive/article/evaluer-la-rentabilite-des-entreprises-avec-le-shareholder-yield/