La quatrième de couverture annonce : « l’effet boule de neige » devrait devenir la bible des capitalistes. A la cinquième page, on comprend que l’éditeur ne bluffe pas. La première leçon de Warren Buffet à son biographe est : « si vous entendez une version des faits différente de la mienne, choisissez la moins flatteuse. » Incroyable leçon d’humilité du maître d’un secteur peu enclin à la modestie.
Qu’apprend-on dans les 951 pages d’Alice Schroeder, la journaliste du Bloomberg News chargée à l’origine de suivre l’action Berkshire Hathaway, devenue adepte du gourou ? Loin d’être ce nerd féru de chiffres, Warren Buffet est un homme ordinaire, qui a commis des erreurs, a racheté des entreprises qui ont échoué, s’est fait trompé par sa femme. Il cède même aux sirènes des interviews dans la presse, il ne se révèle donc pas si modeste que cela. Bref, un homme comme vous et moi. C’est en cela que sa biographie est extraordinaire.
Admettons-le tout de suite : Warren Buffet n’est pas sexy. Je n’aime ni ses costumes, ni sa voiture, ni sa légendaire pingrerie, qui tient d’ailleurs chez lui d’un réflexe professionnel plus que d’un manque de générosité. Mais demeure cette performance boursière époustouflante sur 50 ans, dans ce métier où les réussites sont rares et éphémères. Warren Buffet, lui, se sert des crises pour franchir des paliers : 100 millions après le premier choc pétrolier de 1974, 1 milliard après la crise financière de 1987, 35 milliards suite à l’éclatement de la bulle Internet. A la faveur de la crise financière de 2008, il totalise aujourd’hui 50 milliards d’actifs et est classé première fortune du monde par le magazine Forbes.
Le secret de la réussite de M. Buffet est simple : acheter pas cher. C’est tout. Le type est passionné de cela. Il en fait un métier. Loin de l’hagiographie convenue, l’auteur nous dévoile que l’oracle d’Omaha a commencé à voler dans les magasins des balles de golf pour les revendre ; Difficile de faire moins cher. Sa vie peut être vue comme un long cheminement vers une plus grande honnêteté à titre personnel, et un plus grand resserrement en qualité de ce qu’il achète. Un peu comme les hommes passent de la laine au cashmere à 40 ans, son système de sélection s’est perfectionné tout au long de sa carrière pour aboutir à l’achat de la crème des entreprises de premier plan qu’il acquiert pendant les paniques boursières.
Facile à comprendre, difficile à appliquer. Derrière ce système apparemment simple, se cache un tempérament unique, mélange d’un travail de fond régulier et d’immense confiance en lui, l’autorisant à suivre ses convictions contre Wall Street. Alors que les valeurs technologiques culminaient en 1999, et que la presse raillait sa sénilité (« comment a-t-il pu passer à côté de la bulle technologique, bon sang, il a comme ami Bill Gates ! »), il est resté d’humeur égale, revenant toujours à la même conclusion : c’est beaucoup, beaucoup trop cher.
En 2000, la bulle éclate, c’est un carnage, lui seul continue à avancer comme la tortue du conte de La Fontaine, lent et fixé à son objectif, presque convulsivement. Warren buffet est un homme complexe avec des goûts simples. Sa biographie se situe, comme l’homme, bien au-dessus du panier.
Denis Péchère
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